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Rousseau Lettre morale III

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1 Rousseau Lettre morale III le Dim 17 Mai - 15:36

Bonjour,

Comment comprendre le texte suivant ?

"Il est certain que la vue est de tous nos sens celui dont nous recevons à la fois le plus d’instructions et le plus d’erreurs ; c’est par elle que nous jugeons de presque toute la nature, et c’est elle qui nous suggère presque tous nos feux jugements. Vous avez ouï parler de la fameuse opération de l’aveugle-né, à qui non pas un saint mais un chirurgien ayant rendu la vue, il lui fallut beau- coup de temps pour apprendre à s’en servir. Selon lui tout ce qu’il voyait était dans son œil ; en regardant des corps inégaux dans l’éloignement, il n’avait nulle idée ni des grandeurs, ni des distances ; et quand il commença à discerner les objets, il ne pouvait encore distinguer un portrait d’un original. On oublia de s’assurer s’il voyait les objets renversés. Avec toute l’expérience acquise, il n’y a nul homme qui ne soit sujet à porter par la vue de faux jugements des objets qui sont éloignés, à faire de fausses mesures de ceux qui sont sous ses yeux, et ce qu’il y a de plus étonnant est que ces erreurs ne sont pas même toujours dans les règles de la perspective".

Rousseau Lettre morale III

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2 Re: Rousseau Lettre morale III le Lun 18 Mai - 1:26

Bonjour,

Ce texte est très intéressant, déroutant à certains égards. J'en ai fait une lecture attentive et j'ai quelques pistes. Me permet tu de les exposer et cela même si je ne suis qu'une modeste élève, "question du jour" ? En attendant une éventuelle réponse sur ce point. Je dois avouer que moi aussi j'attends une "aide" , un avis sur ce texte avec impatience même si ce n'est pas tout à fait pour les mêmes raisons. Wink

Bonne journée

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3 Re: Rousseau Lettre morale III le Jeu 21 Mai - 4:10

Prof


Admin
Bonjour,

Ce sujet me gêne un peu…
Pourquoi ? Parce que la bonne compréhension de ce texte nécessite une connaissance de la philosophie de Rousseau. Or les textes donnés au bac doivent pouvoir s’expliquer par eux-mêmes, sans recours à des connaissances de l’auteur.
Donc soit votre professeur vous a donné des indications sur la pensée de Rousseau (et dans ce cas, regardez votre cours !), soit ça n’est pas le cas et il attend surtout que vous posiez le problème, que vous vous posiez des questions sans pour autant que vous apportiez toutes les réponses.

Je vais vous donner quelques éléments de contexte.
Le début de la première phrase est une citation d’Aristote (Métaphysique I) « la vue est de tous nos sens celui dont nous recevons le plus d’instructions » . Mais aussitôt Rousseau la complète ; « et le plus d’erreurs ».
Ensuite Rousseau fait référence à une opération chirurgicale célèbre : il s’agit de l’opération de la cataracte faite sur un aveugle-né par le chirurgien Cheselden.
Cette opération a fait débat chez Diderot, Berkeley… parce qu’elle apportait un certain nombre de réponses à un problème posé par un savant (Molyneux) à Locke : un aveugle de naissance qui aurait soudainement retrouvé la vue pourrait-il distinguer sans les toucher un cube et une sphère ?
Il a fallut constater les difficultés qu’a eu le personne opérée pour s’adapter à son nouveau sens.

Voilà pour le contexte.
Maintenant voyons le texte.
Le problème est celui de l’origine de la connaissance. Est-ce les sens (et plus précisément le plus important d’entre eux, la vue) qui nous apporte la connaissance ?
La position de Rousseau est la suivante : bien qu’étant celui qui nous apporte le plus de connaissance, le sens de la vue est parfois trompeur. Il ne peut donc, à lui seul, donner une connaissance certaine.

La vue apporte à la fois des connaissances et des erreurs. Ce qui signifie que le sens de la vue n’est pas suffisant à donner la vérité. Et d’autre part, la sensation n’est pas une simple donnée, elle est quelque chose de construit, puisque l’aveugle né voit sans voir vraiment. Il ne sait pas encore voir.

Comment comprendre ce texte ?
On pourrait dire que pour Rousseau les sens sont trompeurs, nous ne voyons que des illusions. Seule une autre vision, celle de l’âme, peut nous apporter une véritable connaissance. Ce serait une position platonicienne. Or ça n’est pas la position de Rousseau. Pour Rousseau, toutes les connaissances s’originent dans les sensations mais les sensations sont incomplètes en elles-mêmes. Pour connaître, il faut comparer les sensations entres elles, et là où deux sensations se contredisent, il faut en appeler à une autre sensation.

Rousseau est ici pessimiste quant à la possibilité d’établir une connaissance totale et absolue du monde.

Pour répondre à Elo (fan du jeu d’échecs ?) bien sûr vous pouvez intervenir et poser des questions.

Bien cordialement

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4 Re: Rousseau Lettre morale III le Jeu 21 Mai - 18:01

Bonjour,

Merci tout d'abord pour votre travail sur ce site et plus particulièrement sur ce texte. Je suis heureuse de constacter que je l'avais correctement saisi, moi qui fût et à vrai dire est encore aujourd'hui, quelque peu dérangée par l'unique élément du paratexte à savoir "lettre morale" . Cet extrait s'articulant autour de considérations épistémologiques ( de connaissance ), je vois mal le lien avec la morale. Hormis à la voir comme relative ( pas de Bien juste un bien ) et ainsi faire et dire avec Protagoras ( sublime Dialogue de Platon study ) que "l'homme est la mesure de toute chose". Faisant de la dite morale, produit de la perception. Produit d'un monde Par nous.

Cordialement.

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